La modernité des dernières Terrot (4)

Décidément, on n’en finit pas de découvrir des petits trésors d’ingéniosité mécanique dans ces Terrot.

Et en plus, on fouille un peu dans nos souvenirs…

Par Jean-Paul , Terrotiste Tahitien.

Allez, on fait tourner la machine à remonter le temps.

Le début de l’histoire d’aujourd’hui se passe en 1972 à Aix-en-Provence, à l’Ecole des Arts et Mêtiers, dans un local connu à l’époque sous l’appellation pompeuse de «Garage des Elèves». Un de mes copains de promo, Dino (ne cherchez pas, les Gadz’Arts utilisent entre eux un système de surnoms : Sal’s à toi Dino, et aux autres cop’s, Gil, Duce, Spip, Sirius, Gâby et j’en oublie…) vient d’y conduire la Honda CB750 Four avec laquelle il court depuis quelques mois en Critérium des Sports. A titre indicatif, il se frottait à des stars de la spécialités qui avaient nom Gougy, Rigal, Husson, Choukroun, Tchernine, Estrosi, et q uelques autres. Dure concurrence, non ? mais Dino ne manquait pas de talent, et en 73 après avoir troqué sa Honda pour une Kawa H2, il fera mieux que de la figuration en finissant quelques fois dans les 5 premiers, mais c’est une autre histoire….

charade73.gif

Merci à Francis (www.bike70.com) pour l’image, et à tous les pilotes du Critérium des Sports 750 de 1973…

Mais, justement, revenons-en à notre affaire : ce jour-là, le but était donc de sortir le moteur de la Honda pour l’ouvrir et accéder à la boite. Dino a déjà fait ça, il sait ce qu’il faut faire, il a l’outillage qui va bien, et 30 minutes après, le moteur est sorti du cadre : je suis le premier surpris. Un moment plus tard, les carters sont déshabillés, le moteur retourné, on dévisse une série d’écrous, et on sépare le carter inférieur du carter supérieur, la boite est accessible, moins d’une heure après le début de l’opération.

Et là, vous pensez :  » Une heure pour sortir le moteur et l’ouvrir, pas si mal? Non? ».

Mais justement, je voulais juste faire remarquer qu’en 1972, sur une machine moderne comme la Honda 4, accéder à la boite à vitesse prenait quand même pas mal de temps, même quand on savait faire.

Alors imaginez que vous soyez au Bol d’Or. Arrêt aux stands, justement pour cause de problème de boite. Vous imaginez? Une heure pour accéder au pignon fautif, et au moins autant pour tout remonter. En plus, tout est chaud-bouillant. Pas bon du tout.

A tel point que dans d’autres marques, les ingénieurs avaient déjà imaginé d’autres systèmes, permettant notamment d’intervenir sur la boite sans devoir sortir le moteur du cadre, ni désassembler les carters.

Mais, dites… Pourquoi je vous raconte ça sur un blog consacré à la Terrot 125 Ténor de 1957 ? Quel rapport? Rien que de formuler la question,un doute terrible vient de vous envahir… Je vois vos yeux en points d’interrogation, votre incrédulité, et cet énorme NOOOOONqui s’apprête à jaillir de votre gorge… Non, pas la Ténor….

Et je vous réponds : SI, la Ténor, et c’est encore PIRE que ce que vous croyez. NON SEULEMENT
la Ténor, mais encore la 125 ETD, et sans doute toutes les autres Terrot depuis la EP de 1946. Et voilà la preuve :

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Il s’agit donc de l’éclaté des carters moteurs. Pour vous aider, j’ai numéroté en rouge les 4 carters dans l’ordre de la gauche vers la droite. Je ne m’attarde pas sur les multiples petits détails qu’on peut reconnaître au passage sur ces différents éléments, ni sur toutes les petites pièces annexes, visserie, roulements, joints, etc… car je n’ai pas la prétention de vous refaire la notice technique des Terrot, et le dessin est assez clair.

Et maintenant, vous le voyez ? cet énorme trou que j’ai cerclé en rouge sur le carter numéro 2 ? Et vous le voyez, ce couvercle, également cerclé en rouge entre le numéro 1 et le numéro 2, destiné à fermer ce trou?

Eh bien, sur ces machines, décrites par certains comme l’ultime manifestation du ringardisme de la production motocycliste française des années 50, on pouvait accéder à la pignonerie de boite directement par le côté, sans sortir le moteur du cadre ni désassembler les carters. Et plus de 10 après, même la célébrissime CB750 Honda Four était à la traîne sur ce point…

Par contre, déjà dans les années 50, le célèbre préparateur provençal Nougier ne s’y trompait pas quand il prenait une base de 125 Terrot pour ses réalisations, témoin, cette machine sur laquelle on retrouve ce fameux couvercle de boite latéral, ô combien accessible…

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Et au passage, salutation et hommage au Maître de Saint Andiol, qui fut aussi capable de produire ce qui restera sans doute unique dans les annales du sport motocycliste français :

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La 500 Nougier 4 cylindres de GP, de quoi aller chercher les Gilera et les MV de l’époque. Beau…

Comme quoi, le génie de la mécanique, chez les Provençaux, c’est quelque chose, parce que n’oubliez pas que le père de nos Ténor, Rallye et autre Fleuron ou Tournoi, Edmond Padovani était de Marseille… Je le sais bien pour avoir connu un de ses copains de classe, je vous raconterai ça une autre fois…

Car, aujourd’hui, je pourrais en rester là, et ce serait déjà pas mal, mais ce blog est aussi là pour évoquer les souvenirs, et si je viens de vous parler de cette affaire de boite à vitesse, c’est justement parce que j’ai un souvenir précis à ce sujet.

Nous sommes toujours en 1972, quelques jours avant que j’aide Dino à ouvrir le moteur de sa Honda. Et ça se passe à Charade, donc un an avant la manif des pilotes en colère. Il est inscrit en Critérium 750, et je suis avec lui dans le paddock, tout fier de mon brassard officiel « Mécanicien ». Et pour m’occuper, je me promène entre les camions des écuries de GP. J’arrive près de celui des MV d’Agostini. Les machines sont sous la bâche et un mécano s’affaire, quasiment à l’aveugle. En quelques tours de clefs, il sort un petit bloc de pièces tout assemblées, qui a tout l’air d’être une boite à vitesse avec ses deux arbres et son mécanisme de sélection. Mieux ! Un autre mécano sort du camion. Il porte un bloc quasi identique, qu’il emboite tout aussi à l’aveugle sous la bâche. Deux minutes après, la MV est en train de chauffer, dix minutes après, elle est sur la piste. Sur le moment, j’ai trouvé ça bigrement ingénieux, mais ce n’est que plus tard que je saurai qu’on appelle ça une boite à cassette.

En cherchant sur le web, voilà les explications que je viens de trouver :

LA BOITE DE VITESSES A CASSETTE

 

La boîte de vitesses à cassette amovible n’est pas une idée nouvelle – elle avait déjà été utilisée pour la première fois sur les motos de course peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

À l’époque, elle était utile car elle permettait au pilote ou au mécanicien [souvent la même personne] d’effectuer des réparations sur la boîte sans avoir à séparer les carters sur les moteurs monoblocs. La première MV Agusta monocylindre à double arbre à cames en tête a été l’une des premières motos à utiliser une boite de vitesses à cassette amovible.

 

Dans les années 1980, Honda munit ses machines de course bicylindres RS25O de ce type de boite. Le but est alors de changer rapidement les rapports pour exploiter au mieux l’étroite plage de puissances des deux temps sur des circuits et dans des conditions atmosphériques variables.

La renaissance de la marque MV Agusta [maintenant propriété de l'empire Cagiva] a été l’occasion de voir apparaître la boîte à cassette en série sur une moto de route : la MV Agusta 750F4 de 1998.

Fruit de l’expérience du service course de Cagiva lors de ses années de participation au championnat du monde 500 cm3, elle est adoptée pour la première fois sur un quatre cylindres de série.

L’équipe d’ingénieurs qui a créé la F4 a conçu spécialement un jeu complet de vitesses ainsi que la boîte elle-même pour permettre au propriétaire d’adopter les rapports les plus adaptés à ses besoins en fonction de la route ou de la piste.

 

 

L’ère de la technologie de grands prix à la portée de tous est aussi une évolution de la moto de route de hautes performances.

 

Je vous laisserais bien méditer sur la façon dont cette dernière phrase s’applique à nos Terrot. Bien sûr le montage de la boite de la Terrot n’est pas vraiment celui d’une boite à cassette. Mais le rapprochement n’a rien d’abusif. Une fois enlevé le couvercle, voilà ce qu’on voit :

(image honteusement détournée de http://www.deforge.eu/125_terrot_etm_histoire.php )

boiteetd.gif

Au premier plan, la came horizontale actionne les fourchettes de sélection. En haut à gauche, l’arbre primaire, au milieu l’arbre secondaire (dont les dentelures porteront le pignon de la chaine) secondaire) , et à droite, le pignon du kick.

En comparaison, j’aurais bien voulu trouver une image de la boite de la MV F4., mais j’ai fait choux blanc. Mais elle n’est pas la seule des machines modernes à utiliser cette technologie. Il semble que Benelli le fasse, et MZ aussi, ou encore BMW. Le seul à avoir fourni une image c’est Kawasaki, alors je vous la livre et je vous laisse y penser

boitekawa.gif

Grâce à Mickie, du Terrot-Club de Ballancourt, et véritable encyclopédie vivante de la moto classique, nous savons que Harley Davidson a également monté ce genre de boite dès 1953 sur les Sporsters, de façon exemplaire. La Yamaha 500 RDLC en a également une, mais il faut sortir le moteur du cadre pour sortir la boite, ce qui annule tout le bénéfice de ce montage.

Et pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer jusqu’où peut aller le cerveau humain. La photo suivante est celle du cadre d’un proto appelé Blue Rage. Le concepteur a eu plusieurs idées folles, dont la principale était de tailler le cadre directement dans un énorme bloc d’aluminium. On voit la colonne de direction à droite en haut de la photo. Mais tant qu’il y était, à quoi bon s’arrêter en si bon chemin, il a aussi eu l’idée de prévoir le logement de la boite directement dans le cadre, et ce sera forcément une boite à cassette, parce que là, pas question d’ouvrir le carter…

bluerage.gif

http://forums.moto-station.com/les-articles-de-la-redaction-m-s/61270-blue-rage-la-moto-qui-fait-bloc.html

C’est tout pour aujourd’hui. Mais au fur et à mesure que je regarde ces Terrot, je continue à découvrir bien des choses qui méritent qu’on en parle un peu. Et pendant ce temps, la Ténor de Camberoque progresse, même si c’est un peu lentement…

La modernité des dernières Terrot (4) dans Terrot le-circuit-oublie-carcasson

souscription dans Terrot

 


Un commentaire

  1. thierry barthelemy dit :

    Bonjour
    J’aurai voulu avoir des renseignements sur le montage de carbu Dell’orto sur ma terrot tenor 125cc.
    J’ai un UA 19 S Dell’orto, est-il possible de le monter dessus?
    MERCI pour le renseignement.
    THIERRY

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