Petite visite à l’atelier Nougier
Petite visite à l’atelier Nougier
Texte et photos de Charles Camberoque
Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur
Le Terrot Club de France n’avait pas choisi par hasard de faire son rassemblement annuel en Provence, dans le petit bourg de Saint Andiol. En effet c’est là que les frères Jean et Henri Nougier habitaient et ont travaillé dans leurs divers ateliers, où ils ont mis au point leurs formidables machines. Concessionnaires Citroën, leur garage de l’époque se trouvait autrefois sur la route nationale, à l’emplacement de l’actuel Peugeot.
Depuis longtemps je rêvais de voir ce qu’il en restait. Aussi lorsque j’ai appris qu’une visite serait organisée ; je m’y suis précipité.
Dessin de Jean-Yves Fenautrigues, détail de l’affiche du Terrot club de France.
Les frères Nougier comme l’ingénieur Padovani sont pour moi des personnages importants dans ma petite mythologie personnelle du sport motocycliste. Probablement les plus anciens, ceux que j’admire depuis toujours.
Un de mes petits doigt Italien m’a dit que cette « Nougier » marchait le feu de Dieu à Ospedaletti, il y a quelques semaines !
Voir, ci joint, le commentaire laissé par Popoffe sur la vie étrange et mouvementée de cette moto :
» Cette moto a été montée par Couston de Valreas. Il l’a ensuite cédé a contre-coeur à Charasse, en règlement d’une dette, qui l’a ensuite prété à Berlie. Qui ne l’a pas vraiment arrangée. Et si j’ai bonne mémoire son logo a été appose par Nougier après qu’il ait réparé la moto suite a la casse de Berlie qui avait explose la culasse!!!
Il me semble qu’elle est ensuite passé dans les mains d’Alain Descamps avant d’arriver dans celles de son actuel propriétaire. Tout ceci avait été raconté par Couston lors de son passage au rassemblement Ardéchois mais il n’avait pas été vraiment entendu. Il est pourtant le mieux place pour savoir ce qu’il en est !
Pas une Nougier donc comme pourrait le laisser croire le logo de réservoir mais une Couston. Ce qui n’enlève rien a son intérêt.
Je la verrais assez bien dans mon garage !!! »
Lorsqu’on entre dans le dernier atelier des Nougier, on est immédiatement surpris par l’atmosphère qui y règne.
On dirait absolument qu’Henri et Jean sont sortis dans le village et vont revenir d’un moment à l’autre.
Et de fait à droite dans l’entrée, ils sont présents et souriants sur une magnifique et grande photo affichée sous une collection de bidons d’huile : Ils paraissent bien heureux devant l’objectif de FM Dumas, célèbre journaliste de Moto Revue qui avait dû leur rendre visite. Ils étaient sortis alors, pour prendre la pose devant le garage avec une de leurs machines.
FM Dumas dans l’atelier des frères Nougier en 2012.
Je reconnais celle là même qui était dans l’exposition de motos et de documents organisée pour ces deux journées dans les locaux du château (et où se tenait l’assemblée générale du club Terrot) : La 250 à arbre en came en tête qui leur avait été commandée par l’usine Terrot, et qui devait être construite avec un air d’OSSD !
Henri est assis sur la machine, comme prêt à bondir pour une nouvelle course. Tandis que Jean que l’on avait surnommé « Le sorcier de St Andiol » semble confiant de sa préparation, debout un tournevis encore à la main. Derrière eux la façade de leur atelier… et la porte grande ouverte par laquelle on vient justement d’entrer.
A l’intérieur, c’est vraiment très émouvant. Tout est en place, des motos sont là, à côté des machines-outils, des pièces sont rangées sur de grandes et solides étagères, des bidons, des pots d’échappement, des joints, des cadres, des jantes, des pneus. Tout semble attendre le retour de Jean ou d’Henri pour être monté !
On ne peut que louer la sagesse de la famille Nougier qui a su conserver cet atelier mythique et qui devrait être protégé au titre de notre patrimoine industriel comme les usines Terrot de Dijon.
J’espère revenir ici un de ces prochains jours plus tranquillement. J’aimerais y prendre d’autres photos et écrire un grand article pour ce blog. Car pendant ces journées Terrot la foule des passionnés était dense dans ce petit garage et il ne m’a pas été commode de photographier.
C’est tellement beau, et il y a tant à dire…
Dans l’exposition, parmi les quatre machines exposées, on pouvait aussi découvrir une 125 Nougier, de course, au carter gauche considérablement modifié.
Avec elle, Jackie Onda a gagné le Grand Prix de Cannes 1952 en 125.
D’après la photo, ci-dessous, il semblerait que ce soit sur cette machine ou du moins sur une moto semblable à celle-là.
La 125 Nougier et Jackie Onda, 1er au GP de Cannes en 1952
Mais pourquoi toute cette fumée sur la photo ci-dessus ? Onda n’a sûrement pas gagné avec un moteur 4 temps qui fumait pareillement donc je suppose que ce doit être la poussière relevée par son passage, ce qui nous informe alors sur la mauvaise qualité de la piste en ce temps-là !
Une image magnifique de Jacques Onda (le père de Jackie) cette fois, dans la côte de La Turbie, déjà sur une Nougier en 1935 !
Une autre bien belle machine a retenu toute mon attention. D’autant plus que je pense que c’est sur une moto de cette génération qu’Henri est venu courir en 1935 au Grand Prix de Carcassonne où il était inscrit sur une 175 Magnat Debon.
Cette 125 Nougier est un prototype qui a battu 4 records du monde en vitesse en 1938, dont le record de l’heure à la moyenne de 114,252 Km/h.
Le moteur est un mono 4 temps à 2 arbres à came en tête qui tournait au régime maxi de 8500 tours et avec la boîte quatre vitesse il amenait la machine à 122 Km/h.
Pas mal, pour une construction artisanale « de province », non ?
Sur des photos souvenirs de jours heureux, photos suivantes, Jean « le Sorcier de St Andiol » est présent sous son béret, pour fêter la victoire du jeune Jackie Onda,son pilote maison, ici à Bourges en 1954 lors de la première sortie de la 250 ACT.
Sur une autre photo prise en 1937, on voit Henri Nougier avec Jacques Onda, comme le précise l’inscription (en 1937 Jackie était trop petit pour que ce soit lui). Lors d’essais à Miramas, ils sont venus tester la 250 ACT et une 500 à double ACT.
Mais revenons aux motos exposées à Saint Andiol : Le clou de ce mini salon de la moto Nougier était la fameuse 500 quatre cylindres, étonnante de modernité.
Elle fut construite dans l’atelier Nougier en 1954, les carters étaient fondus chez Collignon célèbre fondeur de l’époque qui était installé en Isère.
Cette machine provoqua un véritable coup de tonnerre dans le monde de la moto en France et à l’étranger. Les constructeurs de l’époque étaient sidérés par l’audace et le génie de ces deux frères qui proposaient une machine de fabrication complètement artisanale et à même de concurrencer leurs productions industrielles, sur le plan sportif.
Certains comme Norton ont tenté, paraît-il, d’acheter le brevet et la collaboration de Jean.
Et il y avait de quoi les exciter, la bête avec son moteur à double ACT développait 55 CV à 11500 tours.
Avec sa boîte à 5 vitesses, la machine avait été chronométrée à 205Km/h et encore, sans carénage, s’il vous plait !
L’atelier est toujours là, véritable caverne d’un Ali Baba motocycliste.
En ce temps-là, les bidons et carénages n’étaient pas en polyester… et toute ses productions n’existaient que grâce au travail, à la passion et au génie des deux frangins.
Sur les photos ci-dessus, on est sur la grille de départ dans les brumes de Montlhéry, aux Coupes du Salon 1953. Jean Nougier peaufine un dernier réglage sur la 250 ACT dite « tournevis » que pilote Henry Schaad, un autre pilote de l’écurie Nougier.
Puis toujours content d’une nouvelle victoire d’Henri Schaad sous un soleil plus méridional, Jean pose probablement au Grand Prix d’Avignon le béret basque toujours sur sa tête.
Mais laissons là mégaphone et moteurs endormis depuis longtemps dans la lumière tardive d’un soleil provençal.
Merci encore aux descendants de Jean et Henri Nougier pour la conservation intacte de ce lieu impressionnant et magique ainsi que pour l’entretien de la mémoire de leurs géniaux ancêtres.
Depuis octobre 2010, date à laquelle j’avais écris l’article ci dessus,
Le Rêve Français, le livre sur les frères Nougier de François Marie Dumas est sorti :
Un bouquin absolument indispensable !
Par courrier à François-Marie Dumas, 5 villa Yvonne, 92240 Malakoff avec un chèque de 45€ plus port 8 € soit 53 €
Via Paypal : adresse « info@moto-collection.org » (nécessite d’avoir un compte Paypal ouvert)











































