1967: Pèlerinage à Monza

 

 1967 : Pèlerinage à Monza

 

Photos de Joan Segura et souvenirs de J Segura et C Camberoque.  (Reproduction interdite sans accord de l’auteur)

 

1967 !

Moi, je me souviens que j’avais acheté ma 125 Terrot Ténor mais que je n’avais pas encore le permis pour la conduire.

En attendant j’écoutais Radio Caroline en petites ondes.

Scott McKenzie chantait San Francisco. Les Rolling Stones jouaient- Let’s Spend The Night Together.

Souvenez vous c’était l’année de Gaston et du télefon de Nino Ferrer.

Les Beatles avaient sorti All You Need Is Love et un de leurs plus bel album :  Sgt Pepper’s .

Le printemps venant,  Brigitte Bardot nous assurait à notre grand regret qu’elle n’avait besoin de personne en Harley Davidson.

Mais dans la chaleur des nuits de cet été là, le Procol Harum entonnait : A Whiter Shade Of Pale… Chaud… chaud…

Au cinéma on rêvait en voyant Le Lauréat …  film qui fit scandale à sa sortie pour avoir montré l’amour entre un jeune homme et une femme mûre…

Au tour de France, Tom Simpson champion cycliste anglais s’effondre, mort de dopage dans la montée du Mont Ventoux.

En Afrique du sud le Professeur Christian Barnard réalise la première greffe du cœur.

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Très belle photo de Joan sur sa 175 Ossa, prise à Perpignan (avec la participation bénévole de deux jeunes passantes)… Toute une époque est résumée dans cette image.

En Espagne, Los Brincos chantaient, Lola et leur groupe rival, los Bravos, avait fait une mémorable reprise de Black is black.

Tandis que  l’idéologie  franquiste exaltait un Nationalisme espagnol à outrance dans une Espagne traditionaliste et antimoderniste.

Fondée, entre autre, sur un refus de tout droit politique, linguistique ou culturel aux régions  Catalanes et au Pays Basque.

Cette année de 67 connut en Espagne des  incidents graves au cours de manifestations ouvrières à Saint-Sébastien.

La police tirait sur la foule des manifestants…

 

L’ONU avait décrété que 1967 serait l’année du Tourisme !

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Peut être que tout cela avait donné envie à Joan Segura et ses amis de partir pour leurs vacances dans un pèlerinage, tout à fait laïque, en direction de Monza .

Sans oublier un petit passage sur la côte d’Azur, Avignon et St Tropez… des fois que BB serait enfin tombé en panne avec son Harley.

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Hélas c’est la machine de Segura, une 175 Ossa, qui va tomber en rade en passant par Nîmes.

Joan se rappelle : « Au départ nous avions prévu de  partir avec 3 motos, une Ducati 125 S, une Ducati 175 TS et une Ossa 175 SE. 

Une semaine avant le départ mon frère chute et se casse une jambe.

Mon ami d’enfance, de lycée et de travail, Josep Escoda,  pilote de la 175 Ducat se fait retirer le permis de conduire, suite à un accident.

Au final nous partirons tout de même tous les deux, lui sans son permis et en passager de ma Ossa.

La 175 était chargée en plus de nous deux avec un porte bagage et deux valises.

La conduite n’était pas aisée avec tout ce poids à l’arrière, mais finalement on se fait à tout ! »

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« Le deuxième jour, alors que nous arrivions à Nîmes, l’un des deux segments du piston s’est cassé.

Dans une station service nous avons démonté la culasse pour nettoyer les morceaux de segments.

Il y en avait dans l’échappement et d’autres fixés dans la chambre de combustion.

Nous avons remonté mais avec un seul segment la moto n’avait plus de puissance.

Nous avons laissé la moto à Nîmes dans une agence de location ou nous avons loué une Renault 8 toute neuve pour continuer le voyage. »

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« Nous avons suivi notre itinéraire comme prévu jusqu’à Monza.

Au retour, après être rentré avec la moto en train jusqu’à Perpignan, nous avons continué tout doucement par la route sur la Ossa jusqu’à Barcelone.

Avec un seul segment ! »

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Il est intéressant de noter qu’en ce temps là, on n’hésitait pas à partir joyeusement, à deux sur la même moto.

Avec des grosses valoches arrimées sur un porte bagage surchargé pour un périple de plus de 2000 km.

Tout cela sur une 175cc. Moto de petite cylindrée, aujourd’hui, mais qui passait pour une grosse à l’époque… c’est à dire il y a 48 ans !!!

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Joan Segura dont j’avais déjà parlé des talents de photographe de courses ( voir  F1 à Montjuïc : Joan Segura photographe   ) ajoute :

« J’avais pris en plus mon matériel photographique composé d’un gros Minolta en 6×6 et en 24/36.

Des films noir et blanc et quelques couleurs. »

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Saint Tropez en ce temps là passait pour le paradis de tous les plaisirs.

Les chroniques de la presse à sensation commentaient quotidiennement les frasques des vedettes qui avaient choisi d’y passer leurs vacances.

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Quant aux fameuses nuits de St Trop ; elles étaient particulièrement animées…  et une incroyable foule de vacancier venaient s’y encanailler.

Depuis chez nous, nous adolescents boutonneux, on les enviait un peu et cela nous faisait rêver ! 

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Plus loin, vers Nice et Cannes on était plus sérieux.

Sur la route, on croisait des DS Citroën, des Ford Taunus,  et parfois des WW Karmann-Ghia … La classe et l’esthétique allemande !

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Les Dauphines, Opel, Ami 6, et 204,  étaient toutes en grand nombre sur les routes du sud de la France.

Sans oublier les modernes Renault 16 mais qui pétaient leur joint de culasse à 65000km.

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Joan Segura et  Josep Escoda n’avaient pas loupé le passage à Monte-Carlo.

Principauté déjà célèbre pour son circuit, ses casinos et ses belles princesses…

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De toute façon, la route passait obligatoirement par la côte et l’on traversait toutes ces villes du bord de mer.

L’autoroute pour aller vers l’Italie n’en était qu’au stade de projet.

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La relève de la garde était à Monaco une attraction très touristique qui dévorait nombre de pellicules.

D’ou une pub pour Kodak sous forme de grosse pellicule qui était innocemment installée sur un des trottoirs devant le Palais.

Actuellement Kodak et ses pubs ont pratiquement disparus, tués par le numérique. Qui l’eu cru ?

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Autre lieux mythique de Monaco : Joan Segura, facétieux, pose devant le casino en montrant que ses poches sont lamentablement vides !

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Sur les routes de la Riviera Italienne les Fiat ont remplacé les Peugeot.

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Arrêt à Milan.

La cathédrale et la place inspirent Joan, notre photographe qui compose avec les lignes et la brume.

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«  J’avais des pellicules de Plus X, coupées dans des rouleaux de film de 20 ou 30 mètres par mes soins.

C’était du film à étiquette verte fabriqué en France mais qui était de qualité inférieure à ceux à l’étiquette jaune de provenance anglaise ou américaine. »

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C‘est pour cela qu’il y a beaucoup de grain sur les tirages, mais je les ai gardés pour l’intérêt historique qu’ils présentent.

Surtout pour les photos du circuit qui était très différent à maintenant. »

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 A l’entrée du circuit un grand panneau indiquait le règlement en piste.

Il précisait qu’il fallait porter un casque et qu’il était interdit de rouler à contre sens.

Amusantes recommandations de nos jours !

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 « Ce fut une très agréable expérience que de tourner pendant une heure sur le circuit de Monza. »

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« En ce temps là,  nous n’avions pas en Espagne de circuit permanent. »

Il y avait bien Terramar mais qui était juste un anneau et abandonné depuis longtemps.

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«  Sur la photo ci dessus on voit que le circuit emprunte un pont sur lequel passait la piste dallée de l’anneau de vitesse.

Les parois du pont et les herbes autour étaient encore noires et cramées par le tournage de l’accident du film « Grand Prix » .

Yves Montant y jouait et était victime d’un accident qui fut filmé là, il y avait moins d’un an. »

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 « Nous avions loué la piste par période de demi-heure. Les prix étaient accessibles. »

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 « Nous étions presque seuls. Il n’y avait qu’une R8 Gordini qui tournait devant nous. »

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A cette époque, la plus part du temps, les circuits étaient désert.

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Je me souviens d’être allé quelques années plus tard à Nogaro. On pouvait y entrer comme on voulait.

Il n’y avait ni portes ni grillage autour. C’était ouvert aux quatre vents.

J’y avais moi même tourné et en plus, pris sur ma Yamaha un copain pour lui procurer quelques sensations.

J’avais voulu l’impressionner tellement que nous nous sommes cassé la gueule dans une courbe !!!  Pas malin, oui !

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Joan Segura devant les tribunes de la ligne droite principale pose dans une photo pour l’éternité.

U souvenir toujours heureux de ce voyage dans le temps. C’était il y a un demi siècle …  oui, au siècle dernier.

Une belle visite au déjà mythique circuit de Monza de deux jeunes curieux de sports mécaniques dont la passion ne faiblira pas.

 

 

 

 


Un commentaire

  1. Jacques dit :

    Merci pour ce superbe reportage.
    Belle remontée dans le temps !

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