La philosophie du motocyclisme d’Eric Jaulmes

La philosophie du motocyclisme d’Eric Jaulmes

 

Texte d’Eric Jaulmes

Photos d’Eric  Jaulmes  :  Collection particulière de Patrick Barrabès

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Après avoir mis en ligne l’article sur la Royal Enfield 535 Continental GT  qui a enthousiasmé Patrick Barrabès. Ce dernier m’a envoyé un  texte d’Eric Jaulmes et j’ai immédiatement trouvé qu’il constitue une introduction à la philosophie des motards qui actuellement se mettent à rouler sur des motos néo-rétro et dont certains choisissent pour cela une Royal Enfiel.

Merci Patrick !

Voir l’article suivant : Royal Enfield 535 Continental GT

Rappelons qu’Eric Jaulmes était le grand ingénieur Motobécane qui a inventé entre autres, la Mobylette dont le nom propre est devenu un nom commun et qui désigne par extension les 50cc.  Preuve du succès de cette machine mondialement vendue.

Eric Jaulmes est né à Montpellier le 27 Juin 1913 dans une famille Cévenole, décédé à Paris le 23 octobre 2001.

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Conférence de Patrick Barrabès à Toulouse : 

Cycles et motocyclisme en pays Toulousain

Le 24 novembre à 18 h,  Médiathèque José Cabanis

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Toulouse a vu naître près de 60 marques de motos et de bicyclettes des origines au XXe siècle.

Découvrez les rouages de l’histoire des 2 roues à Toulouse autour des constructeurs, mécanos, pilotes et… motocyclistes réunis autour des circuits et des terrains de cross.

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Conférence le 24 novembre 2016 à 18 h

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Médiathèque José Cabanis     1, allée Jacques Chaban-Delmas Toulouse 31000 Toulouse    Tél. : 05 62 27 40 00

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 Texte d’Eric JAULMES 

A  une époque où les avions sillonnent le ciel en supprimant les distances, où les satellites artificiels courent en tous sens, où les communications se développent, ne devrions-nous pas avoir une autre vision d’un monde qui rapetisse sans cesse, et repenser le problème de la vitesse, cette méchante dérivée de l’espace par rapport au temps, pour lui donner, à notre époque, une priorité moins dangereuse.

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Envolons-nous sur les ailes du temps et faisons un bond en arrière.

Vers le début des années « trente », les problèmes de circulation n’existaient pratiquement pas. Les besoins de déplacements étaient déjà importants.

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Durant ces années-là, le prix d’une automobile et de son entretien était très élevé par rapport à celui des voitures actuelles, c’est pourquoi la moto était LE moyen de locomotion souple, économique et accessible au plus grand nombre : ouvriers et étudiants constituaient une clientèle particulière qui ne suivait pas la mode de la vitesse, mais recherchait un moyen de déplacement.

Jeunes et sportifs, amateurs de « deux roues »  appréciaient la liberté de la circulation plus que tout.

C’était donc une toute autre vision de la vie qui s’offrait à nous bien avant la seconde guerre.

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Les routes secondaires étaient empierrées, malgré les rares essais de revêtement ; la poussière était là, lot inévitable, bien matérielle, créant le danger de ne rien voir après un croisement. En plus, la plupart de ces routes étaient bombées pour l’écoulement de la pluie. C’était très gênant. en side-car, cela   »tirait  »  beaucoup. Mais plus encore redoutions nous les pavés historiques, les fameuses   »têtes de chat  »  du Nord de la France et de la Belgique. Allant à Amsterdam en moto, sans suspension arrière, je trouvai ma valise découpée par l’objectif de mon appareil photo au milieu des chemises.

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Dans ce temps-là, les charrettes circulaient en abondance sur les nationales, aussi, ne fallait-il pas s’étonner de rencontrer, sortant d’un chemin de traverse, un attelage tirant un char de betteraves et laissant une trace boueuse et glissante sur le bas-côté de la route. Les passages à niveaux étaient nombreux sur la nationale 7, jusque dans le Morvan, dont le célèbre «  Sermisselle  », souvent fermé, car la circulation ferroviaire était intense. C’était inévitable, on l’acceptait patiemment.

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Les cyclistes et les motocyclistes avaient une sainte horreur des « rails des tramways  » et de leurs aiguillages, surtout à Paris. Ils étaient souvent associés aux   »pavés de bois  », peut-être plus silencieux pour un cheval, mais autrement plus glissants. Il fallait voir le « tram »  tournant sa perche en attendant que les passagers fussent descendus. On devrait obligatoirement laisser le passage aux voyageurs et le trafic s’arrêtait. Il fallait éviter les cyclistes, particulièrement en ville où les passagers de la plate-forme de l’autobus profitaient d’un ralentissement pour sauter en marche en se lançant en arrière évidemment. Il fallait s’y habituer. Avant la guerre, dans les banlieues, beaucoup de cyclistes roulaient vers sept heures du matin, sur les trottoirs cyclables. Ils n’étaient pas tous prudents et donc couraient un danger manifeste.Autrefois, la vitesse était moins recherchée sur la route; sans casque, nous roulions librement, cheveux au vent.

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Toutefois,  à l’autodrome de Montlhéry, et dans certaines épreuves, le Cromwell était exigé, mais on lui préférait le « serre-tête ».

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C’était l’époque où Hergé dessinait les aventures de Tintin. Comme nous lui ressemblions, avec nos pantalons de golf !

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Une casquette, portée généralement sans béret alpin ou le suroît du pêcheur avec ses cordons, nous permettait de traverser la France avec, bien entendu, le manteau de cuir et le sac-à-dos, qui ne nous quittaient jamais. Par très mauvais temps, un tablier imperméable recouvrait les genoux. De nos jours, tout cela a été bien oublié ! En été, c’était le pantalon de flanelle blanche, pour les plus élégants, ce qui faisait apprécier les blocs-moteurs pour leur propreté.

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Dans les années trente, le moteur le plus répandu était le moteur à soupapes latérales, remarquable par son faible taux de compression. Son bruit était tout différent, on aurait dit presque celui d’un bateau de pêche. A part les « rustines » pour les crevaisons, nous n’avions pas d’outillage. Les bougies en mica duraient plusieurs années. L’éclairage à l’arrêt fut une obligation. Le courant était le plupart du temps produit par un alternateur, aussi, disposions-nous d’une batterie de piles pour les feux de position exigés le soir dans Paris.

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A l’époque, j’habitais Grenoble, la vraie plaque tournante des Alpes. Pour une moto, l’aptitude à franchir le relief est phénoménale. Aussi, la route des Alpes, la route d’Hiver et la route Napoléon n’eurent plus de secrets pour nous.

L’Iseran ne sera ouvert que des années après.

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La Côte d’Azur était, en  ce temps-là, très accueillante. Avec nos moteurs, nous recherchions les côtes. Ce furent donc les cols des Pyrénées qui nous menèrent jusqu’ en Andorre. On passait facilement les frontières de Suisse, Belgique ou Hollande. L’Italie était à notre porte. Dans le début des années 30, nous avions la plaque “F” et beaucoup de bagages. Les premières autoroutes italiennes « autostrada », sur lesquelles nous roulions, comportaient une clôture pour le bétail ; une simple bande blanche marquait une voie unique. Cette route allait de Milan aux lacs. Nous rencontrâmes, près de Venise où nous étions allés, une Hotchkiss dont le chauffeur voyant notre plaque s’arrêta pour nous demander le chemin, il y a longtemps de cela.

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La moto nous conduisit aussi vers les pays plats ; en Hollande, c’était la construction de la digue de Zuyderzee, digue où l’on n’apercevait que la mer d’un horizon à l’autre et rien d’autre.

Dans la Frise, on trouvait les passages à niveaux pour les vaches, une simple barrière gardée, entre les communes. Cela après la traversée du Rhin à Gorinchem avec nos motos sur le bac.

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Pourquoi cette priorité à la vitesse sur route, alors que les avions et le T.G.V. remplissent si bien leur rôle ?

La vitesse voit au carré son danger augmenter. Elle compromet donc la sécurité.

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Ne pourrions-nous revenir à cette époque sans casque pour nous laisser écouter le vent qui fouette et qui fait mal quand la pluie inonde le visage.

Respirons, libre de tout ce qui contraint et qui gêne !

Nous sommes à une époque ou les réglementations de plus en plus « contraignantes » font que toute liberté est entamée peu à peu.

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Il faudrait inventer de nouveaux moyens de locomotion plus sûrs, sans aller jusqu’à la marche à pied.

Il y a bien des pays du tiers-monde que je connais, qui ouvrent leurs portes toutes grandes, pour nos machines, profitons-en.

En France, avec nos motos, à la belle saison , saisissons, comme autrefois, au vol, parmi les herbes folles, un brin de paille tombé d’un chariot conduisant aux alpages et rêvons !

 

 


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