Les Terrot Rallye de Thierry Philippon

Les Terrot Rallye de Thierry Philippon

 

 Texte de Jean-Paul Augé

 

Ceux qui ont eu la possibilité de suivre ce blog depuis le début, (ou la patience ou le courage d’en lire l’intégralité !), savent que Charles Camberoque et moi avions commencé en vous racontant nos premières aventures motocyclistes, lorsque nous étions adolescents, vers 1965-1970.

Nous avions tous les deux commencé en roulant sur des Terrot, lui avec une 125 Ténor, puis moi, un peu après, avec une 175 Rallye. 

Outre l’intitulé de ce blog, la restauration de la Ténor de Charles a servi de prétexte à plusieurs articles, tandis que je n’ai fait qu’aborder celle de ma Rallye: http://charlescamberoque.unblog.fr/2012/12/03/lhistoire-dune-rallye-175cc-de-1962/

Mais dans ce blog, il y a un troisième larron, auquel nous avons déjà consacré plusieurs articles : Il s’agit de Thierry Philippon, lui aussi grand amateur de ces dernières Terrot, auxquelles il a consacré beaucoup de temps et de talent.

T-Philippon-Pamiers-2012route-en-ariège-

Et pour lui aussi, tout a commencé à la fin des années 60, quand, avec un de ses frères, il a entrepris d’essayer de tirer le maximum de ces jolies petites machines.

Et depuis lors, Thierry n’a jamais arrêté de travailler sur des Terrot, au point d’en devenir un des meilleurs spécialistes français.

Nous allons donc passer en revue le résultat de ces années de passion.

Dans le premier de ces articles, http://charlescamberoque.unblog.fr/2009/09/02/la-186-terrot- philippon-rallye/  nous  avons laissé la parole à Thierry, qui a ainsi pu vous raconter le début de son parcours, et notamment cette fameuse machine qui représentait alors le summum de ce qui avait pu être obtenu à partir d’une 175 Rallye.

Entre nous on l’appelle : La Noire

1-Rallye-T-Philippon-La-noire

Même si on vous en a déjà beaucoup parlé, on n’avait pas trop d’informations sur le passé de cette machine.

Et sans prétendre avoir tout découvert, on a quand même fini par trouver quelques traces de son passé.

D’abord la plus ancienne photo que nous ayons, trouvée sur un site dédié aux Terrot, sans qu’on en sache plus sur son origine ni sa date.

Mais Thierry confirme que c’est donc bien celle qui est devenue « la Noire ».

On reconnait sans peine la selle, le réservoir d’huile, les amortisseurs arrières, le carburateur Dell’Orto Racing, les soufflets de fourche, et quelques autres détails.

Noire A1

Mais le réservoir ? Curieux, non ?

Dûment interrogé, Thierry s’est souvenu qu’il provenait d’une machine italienne, une Italjet.

Et comme de nos jours, rien ne résiste à Internet, voici donc une image d’un cyclo de cette marque, comme il y en avait tant dans les années 60 :

italjet réservoir

Sans être indiscutable, la ressemblance des réservoirs est quand même bien marquée.

Voici une autre photo de la Terrot prise à l’occasion d’une exposition organisée par le Terrot-Club de Ballancourt.

Noire A2

Et là, il n’y a pratiquement plus de doute.

Il manque beaucoup de choses, car la machine était en cours de rénovation, et ce n’est que quelques temps plus tard qu’elle prendra son aspect définitif actuel.

Depuis, nous avons eu l’occasion de la voir de près, notamment lors du rassemblement annuel du Terrot-club de France en 2010, qui se passait cette année-là dans le fief Nougier, à Saint Andiol, quelques kilomètres au sud d’Avignon, et nous y étions : vous pouvez vous reporter à la page :

http://charlescamberoque.unblog.fr/2010/10/06/un-dimanche-a-st-andiol/ 

où vous retrouverez cette machine sous des angles moins connus, notamment la vue de dessus qui permet d’apprécier la finesse d’ensemble.

Et depuis, Thierry guette les belles journées pour aller se promener avec, ou bien avec sa 125 Ténor un peu « spéciale », que vous trouverez à la page suivante :  http://charlescamberoque.unblog.fr/2012/11/04/la-tenor-de-philippon/

Voilà donc pour « la Noire ».

Mais ce n’est que tout récemment que Thierry nous a finalement appris que sa première Terrot n’était pas une 175 Rallye, mais une 175 Tournoi, dont voici un bel exemplaire, vue sur un site bien connu de petites annonces.

 2-tournoi-175-cote-droit-

Comme on le voit, il s’agit d’une machine plutôt « touriste », notamment dotée d’éléments de carrosserie très enveloppants, dont un superbe carter de chaîne secondaire.

Pourtant elle partage une grande majorité de pièces avec la 175 Rallye, dont le cadre et les suspensions, et toute la mécanique à l’exception de quelques pièces qui permettaient à la puissance de passer des 10cv de la Tournoi aux 15cv de la Rallye (puissances à la roue arrière, selon les données constructeurs)

3-tournoi-cote-gauche

Et même s’il ne nous en a jamais parlé, on imagine volontiers que Thierry avait sans doute fait subir quelques modifications à la partie cycle pour lui donner un style plus sportif.

Par contre, il nous a raconté comment, grâce aux bonnes relations que son père avait à l’usine de Dijon, le moteur de sa Tournoi avait pu devenir un moteur de Rallye.

Mais cela n’était sans doute pas suffisant, et lui et son frère ont donc cherché à améliorer encore le moteur, ce qui les avait conduits à se tourner vers des pièces Honda pour palier à la pénurie de pièces Terrot, notamment les bielles, alors que la marque avait cessé de produire en 1961.

Et parmi les modifications un temps envisagées, il y a eu l’essai d’une bielle de 450 Honda.

L’expérience a fait long feu, mais Thierry nous a récemment montré l’embiellage ainsi équipé, qu’il a tenu à conserver, et sur lequel on voit bien que la tête de la bielle Honda déborde assez largement des masses du vilebrequin Terrot, sans parler de sa longueur.

4-Bielle-

Mais quelques mois plus tard, l’arrivée de la CB 350 sur le marché français permettait de trouver une solution nettement plus viable puisqu’elle est encore utilisée de nos jours par Thierry. 

Comme on le voit ci-dessous, l’écart entre les deux bielles, 175 Terrot et CB 350 Honda, n’est pas très important, et le montage a une allure nettement plus « raisonnable » :

5-bielles-vilo 

Mais au total, nous n’avons pas vraiment de photos des machines utilisées par Thierry à cette première époque, et nous allons donc nous limiter à parler de celles dont nous connaissons l’existence aujourd’hui.

On va donc commencer par l’exemplaire « standard », c’est-à-dire le plus parfaitement conforme à l’état de sortie d’usine.

Il s’agit d’un exemplaire parmi les plus parfaits qui soient, dans un état absolument irréprochable, au point d’avoir été retenu par les organisateurs du salon Rétromobile en 2010, à l’occasion duquel a été prise la photo ci-dessous.

6-retromob-philip-2010

Tout, absolument tout, est conforme aux modèles d’origine, sans oublier, ultime détail rarement présent, la pompe type « pompe à vélo », installée à l’emplacement prévu par le constructeur sur le bras oscillant, afin de pouvoir regonfler les pneus si le besoin s’en faisait sentir.

Plusieurs amateurs possèdent des Rallye en très bon état, notamment François Fernandez, (ancien équipier, ou passager, du sidecariste Joseph Duhem, plusieurs fois champion de France dans les années 60), qui a eu la chance d’en trouver une oubliée au fond du magasin d’un ancien concessionnaire de la marque, et qui n’avait alors que 44 km au compteur.

Allez lire le blog de François, https://francoisfernandezmoto.wordpress.com/2016/11/02/terrot-rallye-175-1959/ vous y trouverez une belle série de photos.

7-bleu-et-compteur

Et entre sa Rallye « état concours » et « la Noire » », Thierry en possède d’autres qui illustrent les différentes étapes des évolutions qu’il leur a fait subir. 

Je vais essayer de les mettre dans l’ordre. Il y aura donc « la Bleue à bracelets », et la « Jaune racing ».

Et cette série s’achève avec celle dont Thierry vient de terminer la réalisation, et dont nous vous avons permis de suivre toute la progression depuis sa mise en chantier : Sprint final chez Thierry Philippon

 

 

La bleue à bracelets

Voici donc une première version encore assez proche du modèle de série, au point que vous pourriezvous demander ce qu’elle a de vraiment particulier sinon quelques détails ici et là.

Et pour commencer, elle conserve sa couleur bleue d’origine. 

Mais vous allez voir qu’en fait, elle commence déjà à bien se démarquer du modèle standard.

Alors, première chose visible, pourtant d’origine Terrot, le croissant mauve qui entoure la zone chromée du réservoir.

Il reprend la même forme que le croissant blanc du réservoir des Ténor.

Mais Terrot n’a pas généralisé cette décoration sur toutes les Rallye, et ça valait donc la peine de le signaler, car elles ne sont pas si nombreuses.

Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve ça assez esthétique.

8-Bleu-bracellet-cote-droit

Vient ensuite la curieuse forme du tube d’échappement. Le tube d’origine passe trop près du sol dans les virages.

Donc il a été modifié pour passer plus haut, mais il faut alors contourner le bossage du carter dans lequel passe la commande de l’embrayage, d’où cette forme en escalier qu’on retrouvera ensuite sur d’autres machines de Thierry, et notamment sur la Noire qu’on a vue plus haut.

Et bien sûr, le silencieux ovoïde d’origine cède la place à un superbe mégaphone, soutenu par une tige accrochée tout en haut du cadre, sous la selle, tout près de la fixation de l’amortisseur arrière.

C’est l’occasion de remarquer une autre différence, avec le remplacement des amortisseurs d’origine par des modèles de marque IKON, anciennement KONI.

On remarque aussi un changement au niveau du repose-pied, avec un levier de sélecteur ajouré qui commande une tringlerie de renvoi pour actionner la commande de boite à vitesses, dans le meilleur style racing.

Un petit coup de zoom permet de mieux voir ce montage.

9-détail-175-Terrot-Thierry-Philippon

On voit un peu mieux le repose-pied, dont on devine qu’il est installé sur un support qui vient s’accrocher sur le cadre, juste en arrière de la béquille.

Et c’est aussi l’occasion de remarquer que le carburateur Gurtner d’origine a laissé la place à un modèle italien, Dell’Orto, de type  »racing », en principe un SSI25.

En fin connaisseur de l’histoire de ces machines, Thierry explique que le prototype de la Rallye avait été présenté avec ce type de carburateur, mais que Terrot l’avait remplacé par un modèle Gurtner, moins onéreux.

Au passage, les connaisseurs auront remarqué que le bouchon de la jauge d’huile sur le carter de boite à vitesse porte désormais un tuyau de reniflard, ce qui laisse supposer que ces carters ont été décloisonnés, sujet dont nous reparlerons une autre fois.

Enfin, toujours sur cette photo, on voit une gaine de câble rouge qui semble contourner le garde-boue  arrière et filer vers le moyeu arrière.

C’est la commande de frein arrière, qui remplace avantageusement la tringlerie d’origine, qui à partir de la pédale de frein située à gauche, traversait le cadre avant d’actionner une tige située en dessous du bras oscillant, derrière le silencieux. Le câble est une solution nettement plus simple.

Quant au repose-pied du passager, il n’y en a plus.

Adieu donc au passager,… ou à la passagère…

Mais ce n’est pas fini, il faut maintenant examiner l’autre côté.

10-bleu-c-gauche

De ce côté-ci, le montage du repose-pied apparait plus évident puisqu’il n’est pas masqué par le pot d’échappement.

On devine la pédale de frein, et le départ de la gaine rouge, et aussi un contacteur de feu stop

On remarque l’absence de la pédale de lanceur, mieux connue sous le vocable de « Kick-Starter », et par contre, on observe la présence d’une prise de compte-tour au beau milieu du carter de volant magnétique, dans le prolongement de l’axe du vilebrequin.

Et maintenant, il est temps de parler du poste de conduite, dont les plus attentifs auront noté qu’il semble passablement différent de l’original.

En effet, toujours dans l’esprit « équipé racing » des années 60, le remplacement du guidon d’origine par des guidons à bracelets s’imposait.

Alors Thierry a fait cette modification incontournable, mais en s’attachant à conserver le boitier du phare d’origine,la fameuse « tête de lapin » qui existait déjà sur les Terrot d’après-guerre.

11-bleue-bracelet-cpte-tour-compteur-DSC03937

Celle-ci a donc été soigneusement découpée pour permettre le montage des fameux bracelets.

Sur cette même vue plongeante, on retrouve la prise de compte-tour sur le carter d’allumage, dont le câble rejoint le petit boitier d’affichage implanté devant le levier d’embrayage, tandis qu’un superbe compteur circulaire remplace le minuscule compteur triangulaire d’origine de la Rallye.

Finissez par une paire de levier de frein et d’embrayage munis de boules façon « racing », et voici un dernier aperçu du poste de conduite, tel qu’il se présente devant le conducteur.

12-vue-de-dessus

Et bien sûr, on retrouve les petits autocollants « Champion de France » sur le réservoir, dont il a déjà été question dans le premier article, et qui font gagner au moins 2 à 3 km/h en vitesse de pointe, je n’y reviens pas…

La « Jaune racing »

Si vous allez dans le livre de Patrick Negro, « La Terrot de mon père », à la page 100, vous y trouverez cette photo que Thierry avait déjà évoquée sur ce blog :

13-Jaune-droit-

La parenté avec la Noire est évidente.

Mais cette fois-ci, il s’agit bien d’une moto montée par Thierry, et cette fois, elle a une histoire un peu moins simple.

Thierry nous a fait passer une photo quasi « historique » de cette machine :

100_3413

En jouant rapidement au « jeu des 7 erreurs », on relève les carters et le couvre-culbuteur peints en noir, le réservoir d’huile qui est une version « retaillée » du modèle d’origine, la selle d’un modèle un peu différent, et les amortisseurs Lelaurain, accessoiriste parisien qui avait produit un modèle spécialement destiné à la Rallye, et dont on voit encore parfois quelques exemplaires.

Le réservoir d’essence bleu ayant fini par tenter un amateur qui l’a subtilisé à l’occasion d’un séjour de Thierry en Provence.

Il fut donc remplacé par l’exemplaire « pailleté or ».

Par la suite Thierry ne l’ayant pas conservée, elle est passée par un musée d’un de ses amis charentais (d’où l’inscription sur le carénage « Jarnac Motos et Loisirs », entreprise aujourd’hui disparue), avant de rejoindre la région de Dijon.

Mais fin 2011/début 2012, on la voit sur un site d’annonce bien connu (que certains qualifient parfois d’un surnom évoquant un palmipède !), avec les trois photos suivantes en illustration :

14-175-bon-coin-

La moto a perdu son joli carénage, et son réservoir en polyester a été remplacé par un réservoir en aluminium.

On voit apparaître un garde-boue avant, et le long mégaphone chromé a été remplacé par un exemplaire noir mat, plus court et doté d’un important contre-cône.

Mais il s’agit bien de la même machine.

Et à l’époque, le vendeur en demandait 5800 €.

On a alors perdu sa trace jusqu’au printemps 2015.

En lisant la liste des engagés de la Ventoux Classic de cette année-là, j’avais repéré qu’il y aurait une Terrot 175 Rallye.

Et le moment venu, dans le paddock du Groseau, à Malaucène, on a découvert ceci

la-jaune-03

 C’était bien la moto de l’annonce de 2012, conduite par un des membres du club Arbracam de Dijon.

En discutant un peu avec le pilote, j’ai appris qu’elle appartenait à un de ses amis, et qu’elle fonctionnait parfaitement, comme on pu le constater tout au long de la journée, au cours de laquelle elle a effectué plusieurs montées, apparemment sans le moindre souci, et en manifestant au contraire une belle « santé ».

Reste la question du réservoir, dont le pilote pensait qu’il venait de l’atelier de Jean Nougier, le sorcier de Saint Andiol.

Consulté sur ce point, Jacky Bœuf, la mémoire vivante de l’équipe Nougier, a examiné la photo, et confirme qu’il n’en est rien.

16-grise-

On peut enfin signaler que Thierry a souvent aidé des amis à modifier leurs Terrot Rallye, et on en a quelques traces.

Ainsi cet exemplaire ayant appartenu à Jean Le Tallec, dont plusieurs machines figurent pourtant dans le livre de Patrick Negro, mais justement pas celle-ci :

Les-Terrot-de-Thierry-Philippon-Le-Tallec

Double allumage, carburateur Dell’Orto, amortisseurs Lelaurain, etc… 

Thierry est passé par là !

 

 

 

  »A dévorer comme un roman« 

écrit  Antoine Demetz dans L’Authentique, au sujet de mon livre Le circuit oublié.

Que vous pouvez commander par l’intermédiaire de ce blog en me contactant à la rubrique commentaires.

 

L'Authentique-Circuit-oublié


Archive pour novembre, 2018

Les Terrot Rallye de Thierry Philippon

Les Terrot Rallye de Thierry Philippon

 

 Texte de Jean-Paul Augé

 

Ceux qui ont eu la possibilité de suivre ce blog depuis le début, (ou la patience ou le courage d’en lire l’intégralité !), savent que Charles Camberoque et moi avions commencé en vous racontant nos premières aventures motocyclistes, lorsque nous étions adolescents, vers 1965-1970.

Nous avions tous les deux commencé en roulant sur des Terrot, lui avec une 125 Ténor, puis moi, un peu après, avec une 175 Rallye. 

Outre l’intitulé de ce blog, la restauration de la Ténor de Charles a servi de prétexte à plusieurs articles, tandis que je n’ai fait qu’aborder celle de ma Rallye: http://charlescamberoque.unblog.fr/2012/12/03/lhistoire-dune-rallye-175cc-de-1962/

Mais dans ce blog, il y a un troisième larron, auquel nous avons déjà consacré plusieurs articles : Il s’agit de Thierry Philippon, lui aussi grand amateur de ces dernières Terrot, auxquelles il a consacré beaucoup de temps et de talent.

T-Philippon-Pamiers-2012route-en-ariège-

Et pour lui aussi, tout a commencé à la fin des années 60, quand, avec un de ses frères, il a entrepris d’essayer de tirer le maximum de ces jolies petites machines.

Et depuis lors, Thierry n’a jamais arrêté de travailler sur des Terrot, au point d’en devenir un des meilleurs spécialistes français.

Nous allons donc passer en revue le résultat de ces années de passion.

Dans le premier de ces articles, http://charlescamberoque.unblog.fr/2009/09/02/la-186-terrot- philippon-rallye/  nous  avons laissé la parole à Thierry, qui a ainsi pu vous raconter le début de son parcours, et notamment cette fameuse machine qui représentait alors le summum de ce qui avait pu être obtenu à partir d’une 175 Rallye.

Entre nous on l’appelle : La Noire

1-Rallye-T-Philippon-La-noire

Même si on vous en a déjà beaucoup parlé, on n’avait pas trop d’informations sur le passé de cette machine.

Et sans prétendre avoir tout découvert, on a quand même fini par trouver quelques traces de son passé.

D’abord la plus ancienne photo que nous ayons, trouvée sur un site dédié aux Terrot, sans qu’on en sache plus sur son origine ni sa date.

Mais Thierry confirme que c’est donc bien celle qui est devenue « la Noire ».

On reconnait sans peine la selle, le réservoir d’huile, les amortisseurs arrières, le carburateur Dell’Orto Racing, les soufflets de fourche, et quelques autres détails.

Noire A1

Mais le réservoir ? Curieux, non ?

Dûment interrogé, Thierry s’est souvenu qu’il provenait d’une machine italienne, une Italjet.

Et comme de nos jours, rien ne résiste à Internet, voici donc une image d’un cyclo de cette marque, comme il y en avait tant dans les années 60 :

italjet réservoir

Sans être indiscutable, la ressemblance des réservoirs est quand même bien marquée.

Voici une autre photo de la Terrot prise à l’occasion d’une exposition organisée par le Terrot-Club de Ballancourt.

Noire A2

Et là, il n’y a pratiquement plus de doute.

Il manque beaucoup de choses, car la machine était en cours de rénovation, et ce n’est que quelques temps plus tard qu’elle prendra son aspect définitif actuel.

Depuis, nous avons eu l’occasion de la voir de près, notamment lors du rassemblement annuel du Terrot-club de France en 2010, qui se passait cette année-là dans le fief Nougier, à Saint Andiol, quelques kilomètres au sud d’Avignon, et nous y étions : vous pouvez vous reporter à la page :

http://charlescamberoque.unblog.fr/2010/10/06/un-dimanche-a-st-andiol/ 

où vous retrouverez cette machine sous des angles moins connus, notamment la vue de dessus qui permet d’apprécier la finesse d’ensemble.

Et depuis, Thierry guette les belles journées pour aller se promener avec, ou bien avec sa 125 Ténor un peu « spéciale », que vous trouverez à la page suivante :  http://charlescamberoque.unblog.fr/2012/11/04/la-tenor-de-philippon/

Voilà donc pour « la Noire ».

Mais ce n’est que tout récemment que Thierry nous a finalement appris que sa première Terrot n’était pas une 175 Rallye, mais une 175 Tournoi, dont voici un bel exemplaire, vue sur un site bien connu de petites annonces.

 2-tournoi-175-cote-droit-

Comme on le voit, il s’agit d’une machine plutôt « touriste », notamment dotée d’éléments de carrosserie très enveloppants, dont un superbe carter de chaîne secondaire.

Pourtant elle partage une grande majorité de pièces avec la 175 Rallye, dont le cadre et les suspensions, et toute la mécanique à l’exception de quelques pièces qui permettaient à la puissance de passer des 10cv de la Tournoi aux 15cv de la Rallye (puissances à la roue arrière, selon les données constructeurs)

3-tournoi-cote-gauche

Et même s’il ne nous en a jamais parlé, on imagine volontiers que Thierry avait sans doute fait subir quelques modifications à la partie cycle pour lui donner un style plus sportif.

Par contre, il nous a raconté comment, grâce aux bonnes relations que son père avait à l’usine de Dijon, le moteur de sa Tournoi avait pu devenir un moteur de Rallye.

Mais cela n’était sans doute pas suffisant, et lui et son frère ont donc cherché à améliorer encore le moteur, ce qui les avait conduits à se tourner vers des pièces Honda pour palier à la pénurie de pièces Terrot, notamment les bielles, alors que la marque avait cessé de produire en 1961.

Et parmi les modifications un temps envisagées, il y a eu l’essai d’une bielle de 450 Honda.

L’expérience a fait long feu, mais Thierry nous a récemment montré l’embiellage ainsi équipé, qu’il a tenu à conserver, et sur lequel on voit bien que la tête de la bielle Honda déborde assez largement des masses du vilebrequin Terrot, sans parler de sa longueur.

4-Bielle-

Mais quelques mois plus tard, l’arrivée de la CB 350 sur le marché français permettait de trouver une solution nettement plus viable puisqu’elle est encore utilisée de nos jours par Thierry. 

Comme on le voit ci-dessous, l’écart entre les deux bielles, 175 Terrot et CB 350 Honda, n’est pas très important, et le montage a une allure nettement plus « raisonnable » :

5-bielles-vilo 

Mais au total, nous n’avons pas vraiment de photos des machines utilisées par Thierry à cette première époque, et nous allons donc nous limiter à parler de celles dont nous connaissons l’existence aujourd’hui.

On va donc commencer par l’exemplaire « standard », c’est-à-dire le plus parfaitement conforme à l’état de sortie d’usine.

Il s’agit d’un exemplaire parmi les plus parfaits qui soient, dans un état absolument irréprochable, au point d’avoir été retenu par les organisateurs du salon Rétromobile en 2010, à l’occasion duquel a été prise la photo ci-dessous.

6-retromob-philip-2010

Tout, absolument tout, est conforme aux modèles d’origine, sans oublier, ultime détail rarement présent, la pompe type « pompe à vélo », installée à l’emplacement prévu par le constructeur sur le bras oscillant, afin de pouvoir regonfler les pneus si le besoin s’en faisait sentir.

Plusieurs amateurs possèdent des Rallye en très bon état, notamment François Fernandez, (ancien équipier, ou passager, du sidecariste Joseph Duhem, plusieurs fois champion de France dans les années 60), qui a eu la chance d’en trouver une oubliée au fond du magasin d’un ancien concessionnaire de la marque, et qui n’avait alors que 44 km au compteur.

Allez lire le blog de François, https://francoisfernandezmoto.wordpress.com/2016/11/02/terrot-rallye-175-1959/ vous y trouverez une belle série de photos.

7-bleu-et-compteur

Et entre sa Rallye « état concours » et « la Noire » », Thierry en possède d’autres qui illustrent les différentes étapes des évolutions qu’il leur a fait subir. 

Je vais essayer de les mettre dans l’ordre. Il y aura donc « la Bleue à bracelets », et la « Jaune racing ».

Et cette série s’achève avec celle dont Thierry vient de terminer la réalisation, et dont nous vous avons permis de suivre toute la progression depuis sa mise en chantier : Sprint final chez Thierry Philippon

 

 

La bleue à bracelets

Voici donc une première version encore assez proche du modèle de série, au point que vous pourriezvous demander ce qu’elle a de vraiment particulier sinon quelques détails ici et là.

Et pour commencer, elle conserve sa couleur bleue d’origine. 

Mais vous allez voir qu’en fait, elle commence déjà à bien se démarquer du modèle standard.

Alors, première chose visible, pourtant d’origine Terrot, le croissant mauve qui entoure la zone chromée du réservoir.

Il reprend la même forme que le croissant blanc du réservoir des Ténor.

Mais Terrot n’a pas généralisé cette décoration sur toutes les Rallye, et ça valait donc la peine de le signaler, car elles ne sont pas si nombreuses.

Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve ça assez esthétique.

8-Bleu-bracellet-cote-droit

Vient ensuite la curieuse forme du tube d’échappement. Le tube d’origine passe trop près du sol dans les virages.

Donc il a été modifié pour passer plus haut, mais il faut alors contourner le bossage du carter dans lequel passe la commande de l’embrayage, d’où cette forme en escalier qu’on retrouvera ensuite sur d’autres machines de Thierry, et notamment sur la Noire qu’on a vue plus haut.

Et bien sûr, le silencieux ovoïde d’origine cède la place à un superbe mégaphone, soutenu par une tige accrochée tout en haut du cadre, sous la selle, tout près de la fixation de l’amortisseur arrière.

C’est l’occasion de remarquer une autre différence, avec le remplacement des amortisseurs d’origine par des modèles de marque IKON, anciennement KONI.

On remarque aussi un changement au niveau du repose-pied, avec un levier de sélecteur ajouré qui commande une tringlerie de renvoi pour actionner la commande de boite à vitesses, dans le meilleur style racing.

Un petit coup de zoom permet de mieux voir ce montage.

9-détail-175-Terrot-Thierry-Philippon

On voit un peu mieux le repose-pied, dont on devine qu’il est installé sur un support qui vient s’accrocher sur le cadre, juste en arrière de la béquille.

Et c’est aussi l’occasion de remarquer que le carburateur Gurtner d’origine a laissé la place à un modèle italien, Dell’Orto, de type  »racing », en principe un SSI25.

En fin connaisseur de l’histoire de ces machines, Thierry explique que le prototype de la Rallye avait été présenté avec ce type de carburateur, mais que Terrot l’avait remplacé par un modèle Gurtner, moins onéreux.

Au passage, les connaisseurs auront remarqué que le bouchon de la jauge d’huile sur le carter de boite à vitesse porte désormais un tuyau de reniflard, ce qui laisse supposer que ces carters ont été décloisonnés, sujet dont nous reparlerons une autre fois.

Enfin, toujours sur cette photo, on voit une gaine de câble rouge qui semble contourner le garde-boue  arrière et filer vers le moyeu arrière.

C’est la commande de frein arrière, qui remplace avantageusement la tringlerie d’origine, qui à partir de la pédale de frein située à gauche, traversait le cadre avant d’actionner une tige située en dessous du bras oscillant, derrière le silencieux. Le câble est une solution nettement plus simple.

Quant au repose-pied du passager, il n’y en a plus.

Adieu donc au passager,… ou à la passagère…

Mais ce n’est pas fini, il faut maintenant examiner l’autre côté.

10-bleu-c-gauche

De ce côté-ci, le montage du repose-pied apparait plus évident puisqu’il n’est pas masqué par le pot d’échappement.

On devine la pédale de frein, et le départ de la gaine rouge, et aussi un contacteur de feu stop

On remarque l’absence de la pédale de lanceur, mieux connue sous le vocable de « Kick-Starter », et par contre, on observe la présence d’une prise de compte-tour au beau milieu du carter de volant magnétique, dans le prolongement de l’axe du vilebrequin.

Et maintenant, il est temps de parler du poste de conduite, dont les plus attentifs auront noté qu’il semble passablement différent de l’original.

En effet, toujours dans l’esprit « équipé racing » des années 60, le remplacement du guidon d’origine par des guidons à bracelets s’imposait.

Alors Thierry a fait cette modification incontournable, mais en s’attachant à conserver le boitier du phare d’origine,la fameuse « tête de lapin » qui existait déjà sur les Terrot d’après-guerre.

11-bleue-bracelet-cpte-tour-compteur-DSC03937

Celle-ci a donc été soigneusement découpée pour permettre le montage des fameux bracelets.

Sur cette même vue plongeante, on retrouve la prise de compte-tour sur le carter d’allumage, dont le câble rejoint le petit boitier d’affichage implanté devant le levier d’embrayage, tandis qu’un superbe compteur circulaire remplace le minuscule compteur triangulaire d’origine de la Rallye.

Finissez par une paire de levier de frein et d’embrayage munis de boules façon « racing », et voici un dernier aperçu du poste de conduite, tel qu’il se présente devant le conducteur.

12-vue-de-dessus

Et bien sûr, on retrouve les petits autocollants « Champion de France » sur le réservoir, dont il a déjà été question dans le premier article, et qui font gagner au moins 2 à 3 km/h en vitesse de pointe, je n’y reviens pas…

La « Jaune racing »

Si vous allez dans le livre de Patrick Negro, « La Terrot de mon père », à la page 100, vous y trouverez cette photo que Thierry avait déjà évoquée sur ce blog :

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La parenté avec la Noire est évidente.

Mais cette fois-ci, il s’agit bien d’une moto montée par Thierry, et cette fois, elle a une histoire un peu moins simple.

Thierry nous a fait passer une photo quasi « historique » de cette machine :

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En jouant rapidement au « jeu des 7 erreurs », on relève les carters et le couvre-culbuteur peints en noir, le réservoir d’huile qui est une version « retaillée » du modèle d’origine, la selle d’un modèle un peu différent, et les amortisseurs Lelaurain, accessoiriste parisien qui avait produit un modèle spécialement destiné à la Rallye, et dont on voit encore parfois quelques exemplaires.

Le réservoir d’essence bleu ayant fini par tenter un amateur qui l’a subtilisé à l’occasion d’un séjour de Thierry en Provence.

Il fut donc remplacé par l’exemplaire « pailleté or ».

Par la suite Thierry ne l’ayant pas conservée, elle est passée par un musée d’un de ses amis charentais (d’où l’inscription sur le carénage « Jarnac Motos et Loisirs », entreprise aujourd’hui disparue), avant de rejoindre la région de Dijon.

Mais fin 2011/début 2012, on la voit sur un site d’annonce bien connu (que certains qualifient parfois d’un surnom évoquant un palmipède !), avec les trois photos suivantes en illustration :

14-175-bon-coin-

La moto a perdu son joli carénage, et son réservoir en polyester a été remplacé par un réservoir en aluminium.

On voit apparaître un garde-boue avant, et le long mégaphone chromé a été remplacé par un exemplaire noir mat, plus court et doté d’un important contre-cône.

Mais il s’agit bien de la même machine.

Et à l’époque, le vendeur en demandait 5800 €.

On a alors perdu sa trace jusqu’au printemps 2015.

En lisant la liste des engagés de la Ventoux Classic de cette année-là, j’avais repéré qu’il y aurait une Terrot 175 Rallye.

Et le moment venu, dans le paddock du Groseau, à Malaucène, on a découvert ceci

la-jaune-03

 C’était bien la moto de l’annonce de 2012, conduite par un des membres du club Arbracam de Dijon.

En discutant un peu avec le pilote, j’ai appris qu’elle appartenait à un de ses amis, et qu’elle fonctionnait parfaitement, comme on pu le constater tout au long de la journée, au cours de laquelle elle a effectué plusieurs montées, apparemment sans le moindre souci, et en manifestant au contraire une belle « santé ».

Reste la question du réservoir, dont le pilote pensait qu’il venait de l’atelier de Jean Nougier, le sorcier de Saint Andiol.

Consulté sur ce point, Jacky Bœuf, la mémoire vivante de l’équipe Nougier, a examiné la photo, et confirme qu’il n’en est rien.

16-grise-

On peut enfin signaler que Thierry a souvent aidé des amis à modifier leurs Terrot Rallye, et on en a quelques traces.

Ainsi cet exemplaire ayant appartenu à Jean Le Tallec, dont plusieurs machines figurent pourtant dans le livre de Patrick Negro, mais justement pas celle-ci :

Les-Terrot-de-Thierry-Philippon-Le-Tallec

Double allumage, carburateur Dell’Orto, amortisseurs Lelaurain, etc… 

Thierry est passé par là !

 

 

 

  »A dévorer comme un roman« 

écrit  Antoine Demetz dans L’Authentique, au sujet de mon livre Le circuit oublié.

Que vous pouvez commander par l’intermédiaire de ce blog en me contactant à la rubrique commentaires.

 

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